Culture — Porto-novo

Porto-Novo, la Ville aux Façades Brésiliennes

Découvert par Peter

À quelques encablures de Cotonou, Porto-Novo cache un secret architectural que peu de visiteurs prennent le temps de découvrir : des rues entières bordées de maisons centenaires aux façades colorées, aux volets ornementés et aux stucs baroques — un style venu tout droit du Brésil colonial.

L’histoire des Agoudas

Au XIXe siècle, des esclaves affranchis et leurs descendants, revenus du Brésil après l’abolition, se sont installés à Porto-Novo, Ouidah et Lagos. On les appelle les Agoudas. Ils ont ramené avec eux un savoir-faire architectural unique, fusion du style colonial portugais et des techniques locales : façades en terre cuite recouvertes de ciment, arcades en ogive, toits de tuiles, étages à balustrades sculptées. Aujourd’hui encore, certaines de ces familles portent des noms qui trahissent cette double origine — de Souza, da Silva, d’Almeida.

Un patrimoine vivant, mais fragile

Dans le quartier Oganla notamment, ces maisons aux façades écaillées et aux volets bleu ciel racontent, presque malgré elles, l’histoire des « retornados ». Certaines abritent encore des autels vaudou installés sous des vérandas à colonnes néoclassiques — un mélange saisissant entre héritage colonial et spiritualité locale bien vivante. C’est aussi à Porto-Novo que se trouve la Grande Mosquée, construite à la fin du XIXe siècle par des Agoudas musulmans — un édifice qui ressemble davantage à une église baroque qu’à une mosquée sahélienne classique, témoignage unique de ce métissage culturel.

Ce qu’il faut savoir avant d’y aller

Se balader à pied dans le quartier Oganla pour repérer les façades les mieux conservées
La Grande Mosquée et la cathédrale Notre-Dame se visitent en complément, à quelques rues d’écart
Beaucoup de ces bâtiments sont des habitations privées, menacées par le manque d’entretien — se déplacer avec respect, éviter de photographier les intérieurs sans autorisation
Un guide local permet de resituer chaque façade dans son contexte historique, souvent invisible au premier coup d’œil

Porto-Novo est souvent survolée au profit de Cotonou ou Ouidah — pourtant, c’est peut-être la ville qui raconte le plus directement l’histoire du retour, celle des Africains qui, après l’esclavage, ont choisi de revenir.

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