Sous les collines du centre du Bénin, un village entier dort depuis le XVIIe siècle — invisible depuis la surface. Ici, à Agongointo, dans la commune de Bohicon, les habitants du royaume d’Abomey ont creusé des dizaines d’habitations à près de 10 mètres sous terre. Un lieu qui n’a été redécouvert qu’en 1998, presque par hasard, lors des travaux d’une route.
Un refuge de guerre devenu sanctuaire
Sous le règne des rois d’Abomey, ces galeries d’argile abritaient des chambres, des salons, des espaces de vie complets. En période de conflit, toute une communauté pouvait s’y réfugier pour échapper aux envahisseurs — une prouesse d’ingénierie qui témoigne du génie défensif du royaume du Danxomè. Aujourd’hui, une cinquantaine de ces maisons souterraines sont accessibles aux visiteurs, sur un site de 7 hectares transformé en parc archéologique à ciel ouvert.
Le duel des deux arbres
Mais ce qui marque le plus les visiteurs se trouve à l’entrée du site : un baobab et un ficus étrangleur, enlacés depuis des générations dans une lente lutte pour la lumière. Cet arbre est consacré à Dan, la divinité serpent de la prospérité dans le culte vaudoun. Un autel y est installé, et le lieu reste aujourd’hui encore fréquenté par les familles qui viennent y accomplir des rituels ancestraux. Le site tout entier a d’ailleurs conservé sa fonction spirituelle : autels, temple dédié au dieu Tohossou, objets de culte encore utilisés.
Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
Un totem est présent dans l’une des maisons souterraines : par respect, le port de vêtements ou d’objets rouges y est interdit
Privilégier une visite hors saison des pluies — les galeries peuvent être partiellement inondées après une forte pluie
La visite est guidée par un accompagnateur local, qui raconte l’histoire du site, du culte vaudoun et des vestiges exposés (poteries, outils, armes retrouvés sur place)
Comptez une bonne heure de visite, dans un cadre de végétation dense — un vrai bol d’air après la route
C’est un lieu qui déroute autant qu’il fascine : entre mémoire de guerre, spiritualité vivante et nature préservée, Agongointo raconte une facette du Bénin que peu de voyageurs connaissent.
